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L’écriture inclusive, débat futile ?

L’écriture inclusive est un « ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les hommes et les femmes », selon le « Manuel d’écriture inclusive » publié en 2015 par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE). Si la volonté d’inclure davantage les femmes dans la langue française remonte à plusieurs décennies (sous Mitterrand en 1984) la suggestion du point médian, qui implique un changement de forme, a été très médiatisée et a suscité de nombreux clivages. Cette fiche se veut la plus neutre possible, mais nous avons pris le parti d’utiliser certaines formes du langage inclusif.

Sommaire

📊 Les chiffres clés

Selon un sondage CSA réalisé pour CNews en juin 2023, 58% des Français et Françaises seraient contre l’écriture inclusive. Impossible pourtant de trouver ce sondage. Nous avons donc pris les chiffres d’un sondage de l’Ifop réalisé en mai 2023 pour la marque Otypo (entreprise de vente de tampons). Il existe aussi ce sondage, réalisé en 2017, mais qui ne fait pas mention du point médian, principal point de tension.

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des personnes sont pour l’utilisation de l’écriture inclusive avec point médian dans les documents officiels, 49% dans les échanges privés et professionnels et 48% dans les médias et dans l’enseignement supérieur.

Source : Sondage de l’Ifop pour Otypo, mai 2023 

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des femmes, et 42% des hommes favorables à l’écriture inclusive avec point médian dans les documents officiels. C’est 64% chez les 18-24 ans et 36% chez les plus de 65 ans. Il y a donc une grande disparité de genre et d’âge sur la question.

Source : Sondage de l’Ifop pour Otypo, mai 2023 

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ont déjà utilisé l’écriture inclusive avec point médian (17% sans problème et 12% avec réticence), ce qui témoigne d’un écart entre l’opinion et la pratique.

Source : Sondage de l’Ifop pour Otypo, mai 2023 

👀 Par ici l’explication

Dans la grammaire française, langue binaire, le genre masculin et le genre féminin s’appliquent de manière arbitraire à des objets inanimés (objets, concepts) mais pas lorsqu’ils s’appliquent à des êtres animés : le féminin est employé pour désigner des femmes et le masculin pour désigner des hommes. Lorsque le genre grammatical fait référence à un groupe mixte, un seul d’entre eux deux est retenu : “le masculin l’emporte sur le féminin”. 

Le langage inclusif ne vise pas à mettre tous les mots au féminin (il ne s’agit pas d’écrire “une couteau”), mais à rendre visibles les femmes lorsque la langue désigne un groupe de personnes mixte. S’appuyant sur de nombreuses études, il part du principe que dans nos cerveaux, le masculin ne représente pas le neutre. L’écriture inclusive est donc un ensemble de propositions graphiques et syntaxiques pour (re)visibiliser les femmes dans nos représentations mentales. Il ne se résume pas au point médian. Ces pratiques sont du langage inclusif :  

  • Accorder en genre les noms de fonctions, grades, métiers et titres
    (ex : directrice, autrice, présidente, cheffe…)
  • User systématiquement du féminin et du masculin, de plusieurs manières possibles : 
    • les mots épicènes : des mots qui ne changent pas quelles que soient les personnes représentées
      (ex : remplacer “les employés” par “le personnel” ; ou “les musiciens” par “l’orchestre”…)
    • la double flexion (ou doublet) : l’emploi du mot au masculin et au féminin
      (ex : chers concitoyens, chères concitoyennes ; toutes et tous…)
    • le point médian : l’abréviation de la double flexion. À l’oral, se lit en double flexion, ou doublet
      (ex : les étudiant·es, les citoyen·nes)
    • la contraction : l’usage de néologismes pour désigner des personnes de manière non binaire
      (ex : iel, celleux, toustes, auditeurices)
  • Ne plus employer l’antonomase (= désigner une personne par un nom commun) “Hommes” > privilégier le mot “humain” (historiquement, la Déclaration des droits de l’Homme a écarté juridiquement les femmes du droit de vote).

Comment accorder les verbes, adverbes et adjectifs et ordonner les mots ? Le langage inclusif propose plusieurs possibilités, qui peuvent se combiner : 

  • la règle de la majorité : accorder au féminin quand il y a plus de femmes et au masculin lorsqu’il y a plus d’hommes
    (ex : Simon et toutes les filles sont parties à la piscine)
  • la règle de proximité : accorder avec le mot le plus proche; Racine utilisait d’ailleurs cette règle au XVIIe
    (ex : hommes et femmes sont belles / femmes et hommes sont beaux)
  • l’ordre alphabétique : ordonner les mots par ordre alphabétique permet d’être arbitraire et de privilégier tantôt l’un, tantôt l’autre
    (ex : femmes et hommes ; princes et princesses)

Note : toutes ces techniques ne sont pas aussi efficaces les unes que les autres dans nos biais cognitifs. Le doublet est par exemple plus efficace que les mots épicènes, comme le montre cette étude du CNRS.

🔎 Plus concrètement

Est-ce que l’écriture inclusive est si importante ?

  1. Le langage influence notre pensée : le langage crée des associations dans notre cerveau basées sur des stéréotypes qui peuvent biaiser la réalité. Pour en savoir plus sur l’influence du langage dans notre pensée, voir ce TedX.
  2. Le masculin “neutre” induit des biais de représentations mentales majoritairement masculines comme le montrent les études scientifiques. Il est plus difficile de comprendre une phrase au masculin générique qui fait ensuite référence à une femme (ex : Les musiciens jouent de la musique, l’une d’entre eux fait du piano). Le masculin n’est pas plus neutre que le suffrage “universel”, réservé aux hommes jusqu’en 1944.
  3. Le masculin générique (neutre) invisibilise les femmes. Les mots permettent de penser et lorsqu’ils ne sont pas au féminin, on ne pense pas aux femmes, qui sont alors invisibilisées. Ex : dans l’étude intitulée Un ministre peut-il tomber enceinte ?, des personnes interrogées dans la rue devaient répondre à cette question : “citez tous les candidats de droite ou de gauche que vous verriez au poste de premier ministre”. Elles ont cité 3 fois plus de femmes lorsque la question était posée avec le doublet “tous les candidats et candidates”.
  4. Ce qui n’est pas sans conséquences : dire « un chirurgien » quel que soit le genre de la personne n’est pas sans influence sur la représentation du métier. Les femmes postulent moins pour des postes décrits avec un masculin générique (étude Bem et Bem, 1973). Pour les enfants et ados, les hommes auront plus de succès que les femmes dans un métier stéréotypé masculin et écrit au masculin, effet atténué s’il est en écriture inclusive (Brauer et Landry, 2008).

Note : le langage était plus inclusif dans le passé : les mots “poétesse”, “philosophesse”, “médecine”, “doctoresse”, etc ont existé et l’accord de proximité était utilisé. Cela change au XVIIe, lorsque “le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle” (N. Beauzée, 1767). En savoir plus sur l’histoire des mots.

Quelles objections lui sont opposées ?

  • L’apprentissage du français est plus difficile, particulièrement pour les dys (dyslexie, dysphasie, dyspraxie) : aucune étude n’a été réalisée encore pour le prouver mais il semble que le point médian entraîne une confusion dans la conversion entre ce qui est lu et dit et la lecture des fichiers audio est rendue difficile. La Fédération Française des Dys recommande toutefois l’écriture inclusive dans certaines conditions.
  • La lecture est plus difficile, notamment avec l’usage du point médian : une étude montre que la lecture est plus lente à la première occurrence d’un métier écrit avec point médian. Il semble cependant qu’on s’y habitue dès la deuxième fois (étude Gygax & Gesto, 2007). Dans la pratique, l’écriture inclusive peut induire la suppression de mots et l’alourdissement des phrases, et ainsi déconcentrer la lecture.
  • L’Académie française est contre. Aucun membre de l’Académie n’est cependant linguiste ou psycholinguiste et les recommandations de l’Académie ne font pas figure d’autorité. L’histoire de l’Académie compte 11 femmes sur plus de 700 membres depuis sa création, soit 1,5%. Elles sont aujourd’hui 6 sur 35 membres, qui ont toutes et tous entre 66 et 94 ans (78,5 ans en moyenne). L’Académie est contre l’écriture inclusive, bien qu’elle ait été favorable à la féminisation des noms de métiers en 2019, une pratique d’écriture inclusive.
D’autres arguments contre existent, ils relèvent de l’opinion personnelle ou de crainte : l’esthétique, le risque de la voir imposée (les propositions de loi actuelles ne visent pas à l’imposer mais à l’interdire), la hiérarchie des combats à mener pour atteindre l’égalité (qui laisse entendre qu’il n’est pas possible d’agir sur plusieurs sujets en même temps).

💃 Ça bouge par ici !

En 2021, Pascal Gygax, psycholinguiste, Sandrine Zufferey, professeure de linguistique française et Ute Gabriel, professeure en psychologie sociale, ont publié Le cerveau pense-t-il au masculin ? qui étudie les liens entre langage, pensée et constructions sociales liées au genre à travers des études scientifiques. Vous pouvez aussi retrouver cet article de The Guardian (en anglais) qui fait état de la question de l’écriture inclusive en France, en Espagne, en Italie et en Allemagne.

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effroy
novembre 2023 7h52

Merci pour cet article très clair et synthétique qui m’a permis de mieux comprendre les enjeux sur l’écriture inclusive et de remettre en question mon point de vue initial.
Malgré la complication à l’écrit et à l’oral qu’elle provoque, je comprends que c’est un enjeu essentiel car le langage façonne notre manière de penser et la prédominance du masculin contribue activement à l’inégalité des genres. Merci !

Mochel
novembre 2023 8h26

Merci beaucoup pour cet article super intéressant – j’ai appris plein de choses 🙂 J’ai trouvé cet article très clair et concis, bravo! Merci encore!

PS
décembre 2023 8h21

Bravo pour cet article très clair et précis. Je me rends compte que je ne savais pas vraiment ce que représentait l’écriture inclusive et que le point de vue se défend. 😉 Merci

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