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Il reste encore demain

Fiche technique

Titre original : C’è ancora domani
Réal(s) :
Date : 13/03/2024
Durée : 1 h 58 min
Pays : Italie
Genre(s) : ,
Thème(s) : ,

7.4

Synopsis

Mariée à Ivano, Delia, mère de trois enfants, vit à Rome dans la seconde moitié des années 40. La ville est alors partagée entre l’espoir né de la Libération et les difficultés matérielles engendrées par la guerre qui vient à peine de s’achever. Face à son mari autoritaire et violent, Delia ne trouve du réconfort qu’auprès de son amie Marisa avec qui elle partage des moments de légèreté et des confidences intimes. Leur routine morose prend fin au printemps, lorsque toute la famille en émoi s’apprête à célébrer les fiançailles imminentes de leur fille aînée, Marcella. Mais l’arrivée d’une lettre mystérieuse va tout bouleverser et pousser Delia à trouver le courage d’imaginer un avenir meilleur, et pas seulement pour elle-même…

Quel lien avec le féminisme / le genre ?

Il reste encore demain montre toutes les facettes des violences faites aux femmes, dans une société très patriarcale de l’Italie des années 1940.

Attention SPOIL 

L’avis de la rédac

Il reste encore demain nous plonge dans le coeur de l’Italie post Seconde Guerre mondiale, et raconte le quotidien de Delia, une femme et mère sous l’emprise de son mari Ivano et plus largement sous le joug d’une société profondément patriarcale. Sans exagération, Paola Cortellesi, la réalisatrice et actrice principale, décrit avec poésie tous les niveaux et types de violences à l’oeuvre dans les années 1940 : sexisme institutionnel, sexisme ordinaire, machisme ouvertement hostile, mais aussi violence économique, verbale, psychologique, physique et emprise au sein du couple.

Ce que j’ai préféré dans Il reste encore demain, c’est sa conclusion. Dans cette société italienne très patriarcale, les violences sont cautionnées dans la sphère de l’intime, du privé. Tabou, honte, peur, sentiment d’humiliation et de culpabilité enferment Delia dans un mutisme qui l’empêche de voir la dimension collective et structurelle des violences auxquelles elle fait face. Les femmes du village ne se réunissent pas pour parler de ces problèmes, elles ne cultivent pas de ressentiment, de colère ou de revendications, conduisant ainsi à un statut quo qui cautionne les violences perpétrées envers les femmes.

Alert spoil : en début de film, Delia reçoit une lettre que tantôt elle chérit, tantôt elle rejette. On comprend qu’il s’agit d’une opportunité, sans savoir laquelle. Toute la trame du film nous laisse imaginer que l’intrigue va se clôturer par sa fuite du domicile familial pour qu’elle aille retrouver l’homme d’antan qu’elle a aimé. C’est seulement lors de la toute dernière scène qu’on comprend que cette lettre n’est ni un billet de train, ni un passeport, mais une carte électorale.

Cette excipit sort du schéma “traditionnel” de l’épouse qui quitte son mari violent pour rejoindre un homme salvateur. Il reste encore demain dépeint un problème de l’ordre du privé, de l’intime, et y répond avec une solution politique, collective : le droit de vote, l’engagement citoyen, la prise de pouvoir politique. Paola Cortellesi parvient ainsi à transcender le personnage de Delia pour proposer une réponse collective, bénéfique à toute la société, et je trouve que c’est un tour de force magistral.

Ivano sort de ses gonds lorsqu’il découvre la carte électorale de sa femme et part la chercher jusqu’aux urnes, laissant craindre la terrible éventualité d’un féminicide, mais pour la première fois, sans un mot, Delia s’impose et lui fait rebrousser chemin : elle est entourée de dizaines de femmes, qui ont elles aussi voté, et qui tiennent tête à Ivano. Elles inspirent le changement. La révolution, pacifique, est en marche.

Bravo à Paola Cortellesi pour cette oeuvre remarquable, le fond et la forme sont au rendez-vous, avec une bande son folle et une esthétique proche de la poésie.

Morgane Effroy, fondatrice de la ReF media
21 mars 2024

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